NISSITALIE, BLOG FRANCO-ITALIEN

01 décembre 2019

BUONA LETTURA !

 

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Nissa (« Nice » en niçois) + Italie = Nissitalie, amalgame lexical rappelant sans doute l'expression "Miss Italie"... à juste titre : car pour nous, si la France est douce, la Péninsule est belle !

« Nous », c'est notre équipe franco-italienne posant, depuis la Baie des Anges, un regard fraternel sur un pays si semblable et si différent : une éblouissante, passionnante et parfois contradictoire Italie dont on ne se lasse pas de célébrer l'art de vivre ou l'art tout court, la profonde culture et l'indémodable humanisme.

Dans une France tout aussi surprenante et singulière, Nissitalie est un "ensemble familial" voué depuis toujours à une communication éducative privilégiant l'échange d'idées, de valeurs et, perché no ?, de (bons) sentiments sur fond de connaissance de l'autre et de respect mutuel.

Notre "cybercarnet" tâchera donc de renforcer les liens entre nos deux pays en s'intéressant aux choses de l'Hexagone, de la Botte... et des Rivieras française et italienne, en n'oubliant pas de voir ce qui se passe sous d'autres cieux.

C'est dans cet esprit d'ouverture que plusieurs billets du blog Ma maison sur la Côte d'Azur de notre coauteur Maurizio Armondi enrichissent le travail d'une équipe dont les deux autres membres, Lilli et Marina, se présentent aussi sous des pseudos... ne cachant que leur ego.

Dans un monde plutôt "m'as-tu-vu", nous pensons en effet ‒ comme une certaine Elena Ferrante, toutes proportions gardées ! ‒ qu'une page en dit plus qu'un visage, et que se montrer ne rime pas toujours avec communiquer.

Alors, chers lecteurs, êtes-vous prêts à nous suivre ? À tous nos amis français, italiens, franco-italiens... et autres, buona lettura su Nissitalie !

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QUEL MAZZOLIN DI RAI

 

QUEL_MAZZOLIN_DI_RAI

 

Rai 1, Rai 2, Rai 3, Rai Storia, Rai Scuola, Rai News : voilà le "bouquet" ou mazzolino de chaînes publiques italiennes que notre "fibre" française propose aux ressortissants, estimateurs ou simples curieux du Beau Pays. Un mazzolin di Rai qui nous est cher au cœur et... au cerveau, puisqu'il faut bien le dire, nous aimons cette Rai dont l'offre culturelle, humaniste et progressiste n'a rien à envier à celle d'autres services publics.

Et pourtant... on imagine ça et là quelques sourires moqueurs de certains spectateurs occasionnels de certaines chaînes transalpines : la télévision italienne ne serait-elle pas plutôt remplie de jolies filles plus ou moins dévêtues, ou d'émissions de télé-réalité pourchassant moins la qualité que l'audimat ?

Voilà une question à laquelle il faudrait sans doute répondre par une autre question : êtes-vous sûrs, chers téléspectateurs aux préjugés bien arrêtés, de ne pas vous référer à des émissions de télévisions privées n'ayant certainement pas la vocation de changer en mieux le monde - tout comme, d'ailleurs, bon nombre de programmes proposés par d'autres pays ?

Et, autre question : avez-vous une idée de l'immense mérite d'une Rai qui, dès ses débuts, a énormément contribué - grâce à des émissions comme, par exemple, les inoubliables Misérables de Victor Hugo ou Les Fiancés d'Alessandro Manzoni... en prime time ! - à cultiver, informer, unifier et même "redémocratiser" une Italie à peine sortie de la guerre et de vingt ans de fascisme ?

Il y a eu bien sûr, dans la longue et glorieuse histoire de la Rai, des moments un peu moins inoubliables : c'était, justement, l'époque où l'on croyait devoir concurrencer les "privées" avec des émissions de variétés plus distrayantes qu'instructives... mais dont la qualité était, malgré tout, bien supérieure à celle des nouvelles télévisions !

Et aujourd'hui ? Eh bien, si les émissions "publiques" de divertissement ne font certainement pas défaut, nous avons, côté culture, l'embarras du choix : comment ne pas conseiller, par exemple, Rai 3 avec ses enquêtes citoyennes de Presa Diretta, avec son Blob, sorte de zapping créatif et satirique quotidien, ou avec ses films d'auteur parmi lesquels, tout récemment, le magistral Santiago Italia de Nanni Moretti sur les réfugiés chiliens en Italie suite au coup d'état militaire de 1973 ?

Mais il y a aussi l'originalité, l'anticonformisme et les "dossiers" de Rai 2, ou la pédagogie ô combien moderne et variée de Rai Scuola, et puis les formidables leçons d'histoire de... Rai Storia, ou encore les débats et les approfondissements socio-politiques de Rai News 24.

Sans compter la plus généraliste Rai 1, chaîne reine du service public arborant, par exemple, les très instructives Superquark et Ulisse, il piacere della scoperta, ou, bien entendu, le célébrissime Festival de Sanremo ayant offert à la Botte et au monde entier des mélodies senza tempo qui, loin d'être seulement des canzonette, sont aussi les très belles chansons à texte des meilleurs auteurs-compositeurs-interprètes italiens.

Mais oui, chers amis Français, nous sommes formels : cela vaut vraiment la peine, de s'offrir un beau "bouquet italien" ou, si l'on veut, quel mazzolin di Rai évoquant, cela soit dit pour les plus italophiles, le célèbre chant Quel mazzolin di fiori. Un air on ne peut plus traditionnel que - le saviez-vous ? - même les Compagnons de la Chanson proposaient... en italien, à une époque où, sans se disputer, se critiquer ou se jalouser, Français et Italiens préféraient échanger leurs meilleurs talents : ah, ces Fellini, Antonioni, De Sica, Visconti, Scola, Mastroianni, Loren, Cardinale si appréciés en France, ou ces Truffaut, Tati, Delon, Deneuve, Brel, Aznavour, Bécaud, Salvador, maintes fois célébrés en Italie... devinez par qui ? Par la Rai Radiotelevisione Italiana, évidemment...

(Billet paru le 01.10.2019 dans le blog "cousin" Ma maison sur la Côte d'Azur)

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01 novembre 2019

ADULTES AU CINÉMA

 

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Cinéphiles et /ou amoureux de la Grèce, à vos guichets ! Adults in the room de Costa-Gavras, adaptation du best-seller Conversations entre adultes de Yanis Varoufakis, ancien ministre des finances du premier gouvernement Tsipras, sort le 6 novembre.

C'est en avant-première au cinéma Rialto de Nice, que l'équipe de Nissitalie a pu apprécier ce passionnant réquisitoire sur ce qu'on appelle « la crise grecque » et, surtout, sur un certain Eurogroupe qui en 2015, n'obéissant qu'à ses règles non-écrites, était plus agrippé à ses strictes logiques financières que sensible aux souffrances d'un peuple accablé, appauvri et même outragé.

Par une palpitante succession de rencontres entre le ministre grec et ses interlocuteurs européens - banquiers, chefs de gouvernement et ministres d'autres pays dont... la France - Costa-Gavras, éminent cinéaste et président de la Cinémathèque française, dépeint magistralement un mystérieux et étonnant huis clos qui, grâce à la perfection de la mise en scène, à la vivacité des dialogues et à la force des personnages, n'est toutefois jamais lourd, ennuyeux ou oppressant.

Eh oui, le Costa-Gavras de Z, L'Aveu ou Missing ne dément pas sa réputation d'humaniste toujours à l'écoute des politiquement ou économiquement faibles. « L'Eurogroupe n'a pas voulu aider ou donner des avantages à un gouvernement de gauche pour ne pas encourager d'autres gauches en Europe », a souligné Costa à l'avant-première niçoise de Adults in the room, en référence à l'attitude intransigente de cette institution à l'égard de la dette grecque.

Valeria Golino, heureuse interprète de l'épouse de Varoufakis à l'écran, n'avait-elle pas déclaré à Venise son bonheur de travailler avec « un des rares réalisateurs qui font un cinéma vraiment politique » ?

Un réalisateur « politique » - ou tout simplement sensible et engagé - qui ne peut que s'inquiéter de la situation actuelle de son pays d'origine. « Elle reste très difficile », a-t-il rappelé à Nice avec amertume. « 500.000 Grecs diplômés sont partis travailler à l'étranger, c'est un appauvrissement énorme. Le chômage continue d'être très élevé et les salaires sont très bas. C'est donc une situation très négative - pour ne pas utiliser des adjectifs plus dramatiques - et les perspectives sont assez sombres, car le pays ne parviendra pas à une situation normale avant 15 ou 20 ans. On n'en parle pas beaucoup parce qu'il n'y a pas de drames spectaculaires en ce moment : mais, pendant les six mois de tournage là-bas, j'ai vécu cela presque au quotidien ».

 

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Une profonde empathie, celle de Costa-Gavras à l'égard du désarroi d'une grande partie du peuple grec, qui ne lui fait pas oublier - bien au contraire - les souffrances d'autres malheureux de notre époque : ces migrants dont il avait parlé avec notre Lilli à l'occasion de la présentation de son autobiographie Va où il est impossible d'aller au Festival du Livre de Nice 2018.

« Les institutions doivent s'occuper d'une manière beaucoup plus humaine des immigrés », avait-il dit à cette occasion. « Il est inacceptable, dans une société aussi riche qu'est la nôtre, de les voir manger mal ou dormir dans la rue. Je n'ai pas de solution au problème de l'immigration, mais je pense que la première chose qu'il faut faire, c'est respecter ces hommes et ces femmes qui, pour être là, ont des raisons. Ils sont désespérés ou, d'une manière générale, cherchent une vie meilleure : ce qui est très humain et très nécessaire ».

En vrai humaniste, Costa-Gavras avait même livré, ce jour-là, sa "formule" pour ouvrir son cœur aux autres : « On peut devenir une belle personne grâce aux études, aux rencontres, au travail... et à la chance aussi », avait-il confié, en ajoutant que « parfois, la chance, on la provoque : avec le travail et les études... ». Che maestro di vita !

Mais aussi, bien sûr, che maestro di cinema, "notre" Costa-Gavras qui, pour revenir à son dernier film, nous offre une surprenante chute dont on vous laissera savourer le style, surréaliste, poétique, émouvant, ou les trois à la fois. On ne vous dira rien de plus... sinon que Adults in the room - dont le titre est emprunté à une phrase de l'ancienne patronne du FMI - est l'un de ces films faisant de nous des "adultes au cinéma", bien plus que certaines super-productions bourrées de super-héros et... super-infantilisantes.

Permettez-nous maintenant, pour terminer, une notation plus "personnelle". Si Costa-Gavras a été primé à la dernière Mostra de Venise pour l'ensemble de sa carrière, notre Lilli a reçu de lui, à Nice, un prix tout aussi précieux : une bise ! Un grazie mille suffira-t-il à remercier cet immense réalisateur ayant d'ailleurs manifesté sa profonde admiration pour l'Italie et son cinéma ? Ajoutons, du moins, un sincère et affectueux efcharistó polý !

  

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01 octobre 2019

ARISTEUS

 

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Dieu grec fils d'Apollon ou crustacé décapode (dictionnaire dixit), Aristaeus ou Aristeus est plutôt, pour notre équipe franco-italienne, l'Ariston d'Amadeus, c'est-à-dire l'heureuse association entre le fameux théatre et le tout aussi célèbre personnage télévisuel qui, du 4 au 8 février 2020, sera le maître des cérémonies du Festival de Sanremo.

Même si le Théatre Ariston a déjà accueilli Amadeus pour d'autres émissions, c'est la première fois que le gentil présentateur y jouera le rôle le plus convoité de la télévision italienne : celui de conduttore et direttore artistico de la grand-messe de la chanson transalpine.

Amedeo Umberto Rita Sebastiani (vrai nom de l'heureux élu) est, ça va sans dire, aux anges. « J'ai eu la nouvelle que j'attendais depuis toujours », a-t-il confié il y a deux mois au magazine Sorrisi e Canzoni. « Présenter Sanremo est mon rêve de jeunesse. J'en suis ravi, je remercie toute la RAI et je me mets au travail, car il ne faut pas oublier qu'il s'agit là de la 70ème édition. Vive Sanremo ! »

Le prochain Festival de la Chanson Italienne promet, en effet, d'être inoubliable : « Ce sera un Festival placé sous le signe de la choralité, de la fête et de l'histoire de la RAI », annonce une note du service public italien. « Aux côtés d'Amadeus, au cours des cinq soirées, il y aura les personnages qui ont bâti l'histoire du Festival avec de nombreuses surprises ».

En habituée de ce rendez-vous unique dans la Ville des Fleurs de la Riviera italienne, notre équipe ne saurait démentir ces belles intentions qui, au vu de notre expérience "sanrémasque" et de l'extraordinaire savoir-faire de la RAI, ne pourront que se transformer en une captivante réalité.

Sans parler bien entendu d'Amadeus, valeur sûre de la télévision généraliste qui a déjà fait ses preuves devant toutes les caméras... et tous les appareils photo, parmi lesquels, voilà quelques petites années, celui de notre équipe !

Eh oui, nous avions pu rencontrer ce sympathique fuoriclasse à l'occasion d'une Domenica In, émission culte dont il était le présentateur.

Que dis-tu de notre cliché de l'an 2000, Amadeus ? Et encore : si tu étais "vraiment" l'Aristeus de notre jeu de mots, serais-tu crustacé ou fils d'Apollon ?

Se vuoi, Lilli et Marina peuvent répondre à ta place. Et puisqu'elles te trouvent si beau...

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13 septembre 2019

L'AUTRE PIF

 

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Sauriez-vous dire, au pif, de quel personnage italien nous parlerons dans ce billet, "pif" n'étant pas seulement ici le composant d'une locution adverbiale ?

Allez, on va tout vous dire : notre Pif est le nom (ou plutôt le surnom) d'une célébrité transalpine... n'ayant aucun rapport avec le sympathique chien de la fameuse BD hexagonale !

Eh oui, car dans la Péninsule, Pif est le pseudo de Pierfrancesco Diliberto, animateur de télévision, réalisateur, scénariste, acteur et écrivain palermitain, et c'est avec grand plaisir que notre équipe se penche sur ce brillant touche-à-tout que les Français amoureux du Bel Paese connaissent peut-être.

Mais, afin que ces italophiles soient de plus en plus nombreux, commençons par le début : modestia a parte, c'est-à-dire par delà sa modestie et sa simplicité, Pif vante une remarquable expérience comme assistant de Franco Zeffirelli (Un thé avec Mussolini) et de Marco Tullio Giordana (Les cent pas). Et c'est dans le documentaire Ridendo e scherzando qu'il se penche affectueusement sur l'extraordinaire carrière de l'inoubliable Ettore Scola...

Expert en reportages percutants pour le petit écran (Le Iene, Il Testimone, Caro Marziano), Pif, plébiscité par le grand public, se consacre aussi à la dénonciation du phénomène mafieux... avec un style plus "souriant" que celui de Roberto Saviano et avec la même intelligence citoyenne contre tous les abus fragilisant tissu social et confiance en l'avenir.

Sur ce sujet admirablement traité "de l'intérieur" mais avec une grande lucidité extérieure, La mafia tue seulement en été, sorti en 2013, est une œuvre particulièrement réussie, originale et aux accents finement pédagogiques, primée par deux David di Donatello et par l'European Film Award de la meilleure comédie. Une comédie sur fond de tragédie qui devient une série télé pour laquelle Pif a déniché dans les archives RAI les images les mieux adaptées à la fiction, et qui propose une relecture satirique parfaitement réussie de l'histoire de la Sicile et de la mafia entre 1970 et 1990.

Le point de vue est celui d'un enfant qui grandit marqué par la violence, mais aussi par des héros "anti-mafia" dont la série brosse un portrait clair et complet. Des héros qui - comme le souligne dans le web Anna Foglietta, intense interprète de la mère du protagoniste - sont également les petites gens qui osent dire non. « Le fait que la RAI produise une telle série de dénonciation, noms et prénoms à l'appui », déclare Pif sur Funweek.it, « est une page qui se tourne, un nouveau départ. Oui, je suis très fier de cette volonté affirmée par la RAI : au bout du tunnel, la lumière. Quelque chose est en train de changer, bien au delà du fait qu'il s'agit de ma propre série, car cette manière de traiter le sujet est totalement inédite ».

Dans ce même style absolument personnel bien qu'inscrit dans la meilleure tradition de la comédie et de la comédie dramatique italiennes, impossible de ne pas évoquer le second long-métrage, sorti en 2016, de notre auteur-réalisateur : Bienvenue en Sicile, dont nous vous proposons ici les affiches des versions française, italienne (In guerra per amore) et espagnole (Amor a la siciliana). Un film qui est une réflexion sur un certain... double jeu caractérisant la Libération de la Sicile, où Pif tient également le rôle principal. Nous l'avons vu et revu avec grand plaisir au "Mercury", le plus ancien cinéma de Nissa la Bella, mais vous pouvez toujours l'apprécier en DVD !

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18 août 2019

D'AMOUR ET DE LIBERTÉ

 

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Andrea Camilleri et Luciano De Crescenzo viennent de nous quitter, en cet été 2019 aussi chaud que leur passion d'amour et de liberté.

Camilleri, grand écrivain sicilien à qui la Bibliothèque Louis Nucéra de Nice vient de consacrer une exposition, n'est pas seulement le père du commissaire Montalbano, attachant personnage littéraire et télévisuel mondialement connu grâce à la célébrissime série RAI.

Mais, plus que la liste de ses nombreux autres ouvrages tout aussi remarquables, il nous paraît important de rappeler son engagement profondément humaniste, méritoirement relayé par la télévision publique italienne, en faveur de ces migrants rejetés et souvent dénigrés...

Presque aveugle, n'avait-il pas affirmé l'année dernière (à 93 ans !) dans l'émission Che tempo che fa sur RAI 1, son désarroi en écoutant les voix de certaines âmes insensibles ? «Malheureusement j'entends ! », avait-il dit tristement, « je n'ai pas besoin de voir le visage de ceux qui prononcent certains mots. C'est vraiment une chance, maintenant, d'être aveugle, de ne pas voir certaines têtes affreuses qui sèment la haine et récolteront la tempête [...] Les mots sont des pierres, les mots peuvent se transformer en coups de feu. Il faut peser chaque mot que l'on dit, et surtout faire cesser ce vent de haine qui est vraiment atroce [...] Mais pourquoi donc l'autre ne serait-il pas comme moi ? L'autre, ce n'est que moi-même devant un miroir... ».

Des propos qui font assurément de Camilleri un « homme d'amour », d'après le classement du philosophe napolitain Luciano De Crescenzo, autre grand esprit du Meridione transalpin mais dont la Péninsule tout entière ne peut que regretter le départ.

« Les hommes se divisent en hommes d'amour et hommes de liberté, selon qu'ils préfèrent vivre serrés les uns contre les autres ou vivre tout seuls pour ne pas être embêtés », énonce-t-il dans le film Così parlò Bellavista ; mais qu'on ne s'y méprenne pas : ce serait là une "liberté" plutôt égoïste tandis que, pour De Crescenzo, la vraie liberté ne peut que découler de la raison et même du doute. Car « le Bien est le doute », dit-il encore dans son film. « Quand vous rencontrez une personne qui a des doutes, soyez tranquilles. Cela veut dire que c'est un brave type, qu'il est démocratique, tolérant. Quand, au contraire, vous rencontrez ceux qui ont des certitudes, une foi inébranlable, méfiez-vous ! ».

Ce qui permet d'affirmer que Camilleri, « homme d'amour » dont l'anticonformisme égalait la générosité, était aussi « homme de vraie liberté » tout comme... De Crescenzo qui, amoureux des idées et des lettres, mettait son savoir éclairé et son "goût des autres" à la portée du plus grand nombre.

Intellectuel aussi sage qu'espiègle, Luciano De Crescenzo aurait fêté ses 91 ans aujourd'hui, 18 août 2019. Et il y a vraiment, aujourd'hui, de quoi regretter ce divulgatore ou "passeur de culture" qui, dans son Histoire de la philosophie médiévale, confiait très modestement de se considérer « comme l'un de ces petits escabeaux à trois marches permettant, dans une bibliothèque, d'accéder aux ouvrages des étagères les plus élevées ».

Issu de la Naples populaire dont il vantera toujours sensibilité et mérites, le laureato en ingénierie, employé pendant vingt ans dans une grande entreprise milanaise d'informatique deviendra, plus tard, ce philosophe autodidacte dont les œuvres traduites en une vingtaine de langues et vendues par millions d'exemplaires sont l'incontestable témoignage de l'immense affection d'un public très hétérogène. De Crescenzo prône, en effet, la réécriture simplifiée des messages-clés venant des disciplines les plus ardues. Une opération populaire et pédagogique, pleinement revendiquée sur le petit écran en tant que présentateur mais aussi comme opinionista : rappelons, en 1995, sa présence souriante au Dopofestival (l'« après-festival » de Sanremo), où notre équipe avait pu recueillir son avis "philo-musical"...

Comment ne pas retenir enfin, de cet humaniste a 360 gradi, deux autres citations d'actualité ? « Beaucoup songent à vivre plus longtemps, alors qu'il faudrait plutôt penser à élargir sa vie » et « Nous sommes toujours plus au sud de quelqu'un ! », rappelle-t-il à ses lecteurs. Perles de sagesse, dans un monde de plus en plus individualiste et de moins en moins humaniste.

Andrea Camilleri et Luciano De Crescenzo, hommes d'amour et de liberté !

 

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15 juillet 2019

UNA STORIA ITALIANA

 

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Il était une fois, ou plutôt "il est mille fois" pour sa présence toujours si lumineuse, Pippo Baudo : c'est l'histoire très italienne - Una storia italiana est en effet le sous-titre de son dernier ouvrage (*) - d'un présentateur au parcours dense et exceptionnel, d'un grand monsieur de la télévision italienne qui fait toujours autorité dans toute la Botte.

Le 7 juin dernier, RAI 1 a fêté en grande pompe – ou in pompa magna, si vous préférez – ses quatre-vingt-trois ans et les six décennies de sa carrière ; et, tout naturellement, les nombreuses célébrités par lui découvertes et "lancées" (« Li ho scoperti io ! » aime-t-il préciser) étaient aussi du grand rendez-vous.

Nissitalie lui rend donc ici hommage, en célébrant ce "gentil condottiero" pour ses nombreuses vertus au delà des chiffres et de l'audience, mais... en saluant quand même ses treize présentations du Festival de la Chanson italienne de Sanremo (chiffre record dépassant les onze éditions de son célèbre collègue Mike Bongiorno). On ne pouvait, en effet, souhaiter meilleur maître de cérémonies pour un tel événement : un Pippo Baudo toujours impeccable, souriant et solennel, chérissant tout particulièrement les artistes de cette manifestation unique qui s'apprête à souffler ses soixante-dix bougies.

« A Sanremo si occupava di ogni cosa, dai fiori alla scenografia, cambiava testi di canzoni, cambiava titoli », affirme aujourd'hui, admiratif, le brillant showman Fiorello dans l'incontournable hebdo télé Sorrisi e Canzoni. Et il est vrai que Baudo, extrêmement professionnel et rigoureux, a toujours été une vraie référence pour le bon varietà transalpin. De plus, sa télévision, tout en art et respect, transmet une joie et un esprit de famille si chers aux Italiens... et même aux Franco-Italiens.

Eh oui, au cœur de cette "bonne télé" il y a bien ce Pippo nazionale que notre équipe avait eu l'honneur de rencontrer et d'interviewer (cf. notre photo) à Sanremo. Dans la Ville des Fleurs, nous avions pu largement échanger avec ce véritable monument du petit écran que l'on pourrait comparer à Jean-Pierre Foucault ou à Michel Drucker...

Initialement destiné à devenir avocat (il est laureato en droit), ce Sicilien de haute stature - même au sens propre - a toujours été aussi sérieux que passionné « dans le verbe et dans le geste », comme le chante Claude Barzotti dans « Le Rital » !

Son style exemplaire a fait école, en assurant une relève d'animateurs tous aussi professionnels qu'attachants : mis à part le très regretté Fabrizio Frizzi à la gentillesse hors du commun, retenons en priorité toute la sympathie d'Amadeus, l'assurance de Carlo Conti, la grâce élégante de Milly Carlucci, ou encore le style de Marco Liorni. Bref, de belles personnalités RAI qui, emboîtant le pas (ou plutôt la foulée) de notre cher Pippo, méritent bien le détour... sur nos "bouquets" italiens. Capito amici ? Bravi !

____________________

(*) Pippo Baudo avec Paolo Conti, Ecco a voi Pippo Baudo - Una storia italiana, Edizioni Solferino, 2018

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15 juin 2019

PAROLE D'EUROVISION

 

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Un grand merci, davvero grazie à RAI 1 et à FRANCE 2, services publics (et nous soulignons publics) italien et français grâce auxquels, le 18 mai dernier, nous avons pu suivre la finale de l'Eurovision Song Contest.

Depuis notre QG niçois, la télécommande de notre écran plat nous a offert un frénétique va-et-vient entre les deux chaînes de télévision et... entre les performances de nos deux chanteurs préférés qui étaient, cela va sans dire, Mahmood et Bilal !

Au delà du résultat final - la 2ème place de Mahmood (à 27 points à peine de la victoire) et l'inexplicable 14ème position de Bilal (ou paraît-il 16ème, après révision de son score) - les deux artistes ont validé le jugement plus que positif que nous avaient inspiré leurs débuts. Plus que des personnages, les deux chanteurs sont des personnes authentiques, sensibles et, dans cette Eurovision 2019, dotés de la valeur ajoutée... de la parole écrite.

En effet, leurs performances ont été enrichies par des messages (voir nos captures d'écran) que nous n'hésiterons pas à définir éducatifs et humanistes. Rappelons, pour Bilal, les mots concernant ses deux sublimes danseuses "impossibles" : l'une que le surpoids aurait interdit de grâce, et l'autre, malentendante, dont on disait qu'elle ne danserait jamais. Quant à Mamhood, comment ne pas partager la réflexion «  Money can't buy your love » qui, parachevant son texte, nous met en garde contre l'obtus pouvoir de l'argent ?

Merci donc à Mahmood et à Bilal, merci à l'Italie et à la France. Et, bien entendu, merci à l'Eurovision et tout simplement à l'Europe.

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DEPUIS "MA MAISON"...

 

Ci-dessous, quelques billets du blog Ma maison sur la Côte d'Azur que Maurizio nous prête pour nos débuts "à trois" sur Canalblog :

 

SANREMOOD

(2 mars 2019)

 

SANREMO_2019_V

 

Sanremo 2019, 69ème édition du Festival de la chanson italienne. La victoire de Mahmood (de son vrai nom Alessandro Mahmoud), jeune talent né à Milan de mère sarde et de père égyptien, n'a pas plu à tout le monde, voir La Repubblica et Nice-Matin à ce sujet.

Dans "Ma Maison", au contraire, on a beaucoup aimé la chanson Soldi de ce gentil garçon qui représentera l'Italie à l'Eurovision du 18 mai, qui a déclaré se sentir italien « à cent pour cent » et qui, selon nous, serait tout aussi gentil et talentueux même s'il l'était à cinquante.

 

SANREMO_2019_BAGLIONI_RAFFAELE_BISIO

 

(Captures d'écran RAI UNO : 1. V.Raffaele et Mahmood - 2. Les présentateurs C.Baglioni, V.Raffaele, C.Bisio)

 

 

PERCHÉ SANREMO È SANREMO...

 (4 avril 2018)

 

Perché, pourquoi parler en avril d'un Festival de Sanremo 2018 qui a fermé ses portes le 10 février, alors que les résultats des dernières élections transalpines conseilleraient de s'intéresser moins à la chanson qu'à la politique italienne ?

 

FESTIVAL_SANREMO_2018

 

Sanremo 2018, capture d'écran RAI : Baglioni, Hunziker, Favino

 

Peut-être parce que, côté politique, tout est tellement flou (et même fou !) quand on pense à certains partis si différents les uns des autres, mais qui risquent tous de s'allier pour un nouveau gouvernement qui sera peut-être de droite, de gauche, ou encore populiste, antisystème, antieuropéen...

Ou bien parce que, côté civilisation, la chanson a toujours été une "valeur sûre" pour une Italie majoritairement humaniste où le Festival de Sanremo propose, depuis désormais des décennies, des mélodies, des couplets, des refrains, des réflexions et... même des tubes mondiaux dont on peut être plutôt fiers. Volare ou, pour être exact, Nel blu dipinto di blu de Domenico Modugno, et encore Felicità de Romina Power et Al Bano, vous connaissez ?

 

DOM

 

Et puis parce que l'autre jour, dans une brocante azuréenne, j'ai eu l'agréable surprise de découvrir un 45 tours de Bobby Solo (Se piangi, se ridi, « Grand Prix Sanremo 1965, version originale ») royalement exposé entre Charles Aznavour et Gilbert Bécaud, excusez du peu !

 

45_TOURS_BOBBY_SOLO_BROCANTE_NICE

 

Et donc, finalement, perché Sanremo è Sanremo, parce que Sanremo est Sanremo, comme le dit si bien le slogan du Festival !

 

 

REGINA ELENA

(25 Février 2017)

 

L_AMIE_PRODIGIEUSE

 

Non, la reine Elena de ce billet n'est pas la « Regina d'Italia e d'Albania e Imperatrice d'Etiopia » prêtant son nom à plusieurs rues ou places italiennes.

La seule affinité entre l'épouse du roi d'Italie Victor-Emmanuel III et "ma" reine, c'est son autre titre de « Principessa di Napoli » : car la Regina Elena de ces lignes, c'est la... mystérieuse Elena Ferrante, auteur (napolitain ?) de L'amie prodigieuse.

En effet, l'énorme succès de ce livre a mis à la une des littératures mondiales une étonnante histoire parthénopéenne s'étendant, par ses quatre tomes riches en pages et en émotions, des années cinquante à nos jours. C'est avec une écriture aussi dense qu'accessible que cet écrivain dont on aurait envie d'imposer fièrement le féminin "écrivaine" (le mot scrittrice n'existe-il pas depuis longtemps en italien ?) qu'Elena Ferrante sait nous faire passionner pour un microcosme ô combien contrasté à travers les différents parcours socio-culturels de ses héroïnes Lila et Lenù.

Issues du même quartier populaire de la ville du Vésuve et propulsées par la vie vers d'autres horizons, ces attachantes amies-complices-rivales ont décidément su captiver l'attention de légions de lecteurs aux quatre coins de la planète.

L'amica geniale (voilà le titre original de l'œuvre à laquelle j'ai ici l'honneur de rendre honneur) est ainsi devenue une saga qui n'arrête pas d'émouvoir, étonner, intriguer femmes et hommes vivant à des années lumière de la planète Naples. À croire que l'introspection chez l'enfant, l'ado et l'adulte, ou que les différences de classe, d'éducation et d'objectifs existentiels ne connaissent pas de frontières...

Mais quid de l'auteur d'un tel triomphe littéraire ? L’éventuel lecteur de ces lignes méconnaissant encore l'existence d'Elena Ferrante malgré sa renommée mondiale ne trouvera - ici pas plus que sur la toile ou dans la presse écrite - aucune image la concernant vraiment : car personne, à ce jour, ne saurait attribuer un visage à ce pseudonyme préservant l'identité et la vie privée d'un auteur (là également, pourquoi pas "auteure" ou "autrice" ?) qui, visiblement, ne veut pas en dire plus que ses œuvres.

Faute de références visuelles certaines, ceux qui en ont vraiment envie pourront toutefois trouver sur le web tout un éventail d’informations, suppositions ou enquêtes journalistiques permettant moins de désigner que de supposer la véritable Elena Ferrante. Les questionnements, sur la toile et ailleurs, vont en effet bon train : serait-elle une traductrice, un homme, ou même un couple ?

Pour votre humble blogueur ayant également préféré un pseudonyme à un vrai nom, toutes ces interrogations ont évidemment peu d'intérêt.

Mon vrai problème avec ce livre et l'engouement qu'il suscite, c’est d’avoir accepté qu’il me soit offert malgré ma décision de réduire considérablement mes lectures littéraires afin de : 1) mieux me consacrer à ma lente écriture d’auteur "non professionnel" en langue étrangère ; 2) diminuer mon stress oculaire ; 3) m'intéresser davantage à une actualité nationale (bi-nationale dans mon cas !) et mondiale aussi importante que préoccupante.

Voici donc les faits qui m'ont obligé à abandonner ces bonnes intentions : il y a quelques mois, alors que ma femme et moi finissions nos courses dans le supermarché du coin, mon regard était tombé sur un "pocket" bien en vue près de notre caisse. Le nom italien de l'auteur(e) m’ayant évidemment intrigué, j’avais lu la quatrième de couverture ainsi que quelques lignes du bouquin avant de le montrer à mon épouse.

« Je te l’offre pour ton anniversaire ! » avait-elle immédiatement réagi, et nous avions donc déposé L’amie prodigieuse dans notre caddy.

À la maison, le paquet-cadeau avait été vite préparé, mais... mon anniversaire ne tombant que le mois suivant, voilà que de petites mains féminines l’avaient aussitôt défait : « Je le lis d’abord, de toute façon tu l’auras le jour venu ».

Dès le début de cette pré-lecture, j'avais eu droit à toutes sortes de commentaires admiratifs : « C’est extra, tu vas voir ! », « On a bien fait de l’acheter ! » ou, en raison de mes franches origines ritales, « Tu vas adorer ! »

La fin de l'histoire de ce cadeau annoncé ? Le jour même de mon anniversaire - le bouquin m'ayant enfin été remis dans son beau paquet - j'avais pu vérifier le bien-fondé de toutes ces louanges. En me plongeant dans la lecture de l'ouvrage d'Elena Ferrante, j'avais aussitôt compris que je ne manquerais pas de le recommander à mon tour urbi et orbi.

Je le fais donc hic et nunc et en sachant que certains lecteurs seront plus sensibles que d'autres aux différents thèmes de L'amie prodigieuse : par exemple tous ceux qui par lieu de naissance, éducation ou condition sociale apprécieront particulièrement cette subtile description d'une culture et de sa sous-culture, ou cette touchante analyse des sentiments - aussi "locaux" qu'universels - d'enfants, ados et adultes relevant de l'une et de l'autre ; et puis ces pertinentes réflexions sur les inégalités sociales et sur la possibilité ou impossibilité d'y échapper par un trop oublié « ascenseur social »...

Pour revenir à mon exemplaire de L'amie prodigieuse ayant resisté à la double lecture familiale - seule sa couverture légèrement écornée témoigne de son emploi intensif -, le deuxième tome de la saga (Le Nouveau Nom) s'apprête à subir le même tour de force !

Et cela en attendant de lire le troisième tome (Celle qui fuit et celle qui reste) et bien sûr le quatrième (L'enfant perdu), sans compter la série télévisée annoncée...

N'y a-t-il fort à parier que tôt ou tard, plusieurs plaques de rues ou places italiennes (et sans doute d'autres pays) afficheront le nom de la regina della letteratura Elena Ferrante ?

P.S. Une fois n'est pas coutume, ce billet "très italien" m'a donné envie d'en proposer une version dans ma langue ô combien maternelle...

 

 

PAPERINO & PAPERINA

(4 août 2014)

 

DONALD___DAISY_DUCK

  

Quésaco le titre de ce billet, pour un non-italophone ?

Ce sont les prénoms de Donald et Daisy Duck traduits dans la langue de Dante depuis celle de Molière, ou plutôt de Shakespeare...

Le fait est que Donald vient d'avoir quatre-vingts ans (très bien portés) et que cela se fête, même dans un blog de « Littérature et Poésie » comme le mien !

Car je dois l'avouer, Donald est un personnage qui m'est cher. Je savais à peine lire et écrire que je me plongeais déjà dans ses aventures.

C'était en cachette, puisqu'il n'était pas question, chez moi, que les enfants adoptent cette prose « orale » contenue dans ces drôles de bulles...

Les rares albums Disney qui tombaient sous mon regard émerveillé ne m'appartenaient donc pas. Offerts ou prêtés par des cousins ou copains beneficiant d'éducateurs moins stricts, ils étaient enfin sortis de leur clandestinité lorsque j'avais réussi - je ne sais plus comment - à convaincre mes parents de leur forme tout à fait correcte et de leur contenu plus qu'irréprochable "malgré" des apparences ludiques.

Il y avait eu ensuite, grâce à Donald, d'autres lectures : les romans d'aventures de Verne et de Salgari, ou les incontournables Pinocchio de Collodi et Cuore de De Amicis. Et, plus tard, des auteurs dont certains diraient aujourd'hui « là, c'est du sérieux » : Manzoni, Svevo, Moravia ; ou, côté Hexagone, Hugo, Stendhal, Camus... De la vraie littérature, en somme.

Et le pauvre Donald, lui, ne serait-il lui aussi quelque peu littéraire et même, pour rentrer pleinement dans la catégorie de mon blog, un tantinet poétique ?

Comment nier ce double statut à un personnage possédant, selon son scénariste (*), « tout ce que l'être humain peut avoir comme sentiment » et méritant donc les adjectifs « mignon, malicieux, chaleureux » ou encore « crédule, rêveur, persévérant, déterminé voir obstiné, héroïque mais pas téméraire, grincheux, angoissé » , cette liste n'étant pas exhaustive ?

Voilà pourquoi l'autre jour, dans un vide-grenier au delà de la frontière, l'enfant que j'étais n'a pas hésité à dépenser l'astronomique somme de deux euros pour acquérir un petit Donald... et sa petite Daisy !

Les deux trônant désormais sur mon bureau (oui, près de mes baigneurs-gardes suisses) à côté de mes paperasses.

Paperino, Paperina, paperasses : des mots qui vont très bien ensemble, tout comme l'attachant palmipède au costume de marin et sa belle au ruban rouge et aux cils de pin-up. Couple parfait ou parfaitement imparfait, ne sont-ils pas, ces adorables canards anthropomorphes, terriblement semblables à nous autres humains ?

Sans parler des autres animaux - grands ou petits, et pas si bêtes - que Walt Disney a su poétiquement humaniser. N'a-t-il pas été, cet élégant monsieur à l'allure très fifties suggérant que les Américains ne sont pas tous des Rambo, un des meilleurs défenseurs de la cause animale partout où ces êtres n'étaient considérés que des objets ?

Et pour revenir à la combative Daisy sachant si bien tenir tête à son bouillonnant Donald, n'a-t-elle pas contribué, nel suo piccolo, à promouvoir l'égalité de la femme aux quatre coins du monde ?

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(*) Jack Hannah, d'après Wikipédia

 

 

 

 

Posté par Maurizio Armondi à 22:28 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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